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Comment mettre fin à l’allaitement ?

Pour arrêter l’allaitement dans de bonnes conditions, il est nécessaire de considérer certaines caractéristiques et de mettre en place les bons outils. La mère autant que le bébé auront besoin de temps et de soutien pour vivre cette période de transition le plus sereinement possible. Voici quelques pistes pour arrêter l’allaitement en douceur.

Sommaire

Établir un sevrage progressif

Tant pour la mère que pour le bébé, un sevrage aussi progressif que possible facilite la transition. Bébé a ainsi le temps de s’adapter peu à peu à la nouvelle alimentation, et de trouver d’autres sources de réconfort. La mère bénéficie d’un allègement progressif et plus confortable des tétées, avec une réduction graduelle de la production de lait. Si le sevrage peut être étalé sur plusieurs semaines ou mois, c’est l’idéal. En référence, les mères peuvent considérer de supprimer une tétée quotidienne toutes les deux semaines environ.

Le fait de sevrer lentement le bébé du sein évite que la production de lait ne soit trop importante par rapport aux besoins de l’enfant, ce qui risquerait d’occasionner un engorgement.

Ajouter d’autres aliments au régime de bébé

Il va forcément falloir compenser la perte des bénéfices du lait maternel par l’apport d’aliments riches et qualitatifs. Si les cellules immunitaires actives(1) et les bactéries du lait maternel ne pourront pas être remplacées, les nutriments apportés par le lait de la mère (glucides, protéines, lipides) se retrouvent dans le lait infantile, nécessaire jusqu’à l’âge de 3 ans environ. Après 6 mois, bébé va rapidement diversifier son alimentation avec l’ajout de légumes, de fruits, puis de féculents, de protéines animales et de graisses. Il faut veiller à lui proposer des aliments solides variés et de qualité (biologiques au possible).

Attention, l’introduction de nouveaux aliments induit deux potentiels risques :

  • La constipation ou les désordres digestifs chez le nourrisson qui ne digérait jusque là que du lait maternel ;
  • L’apparition d’allergies, en particulier chez les enfants à risque atopique.

Comme pour le sevrage, il convient de procéder graduellement, en privilégiant les aliments digestes, en adoptant si nécessaire un programme spécifique d’introduction des aliments à risque, et en surveillant la consistance et la fréquence des selles de bébé.

Certains bébés refusent la consommation d’aliments solides tant qu’ils ne sont pas prêts. Il est alors possible d’ajouter de la purée très lisse de fruits ou de légumes au biberon, en choisissant une tétine avec une ouverture assez large pour permettre à bébé d’absorber le mélange. Les parents resteront attentifs aux signes qui témoignent que l’enfant est prêt à l’introduction des aliments solides : 

  • Intérêt pour la nourriture ;
  • Capacité à se tenir assis avec ou sans support ;
  • Émergence des dents ;
  • Observation marquée des personnes qui prennent leur repas ;
  • Mastication « dans le vide » lorsque bébé voit quelqu’un manger.

Soulager sa poitrine

En l’absence de la tétée habituelle, la poitrine va devoir s’habituer à produire moins de lait. Les seins peuvent parfois se retrouver engorgés, auxquels cas un massage sous le jet d’eau chaude de la douche aidera à fluidifier la circulation dans les canaux lactifères. Si le sevrage est progressif, la poitrine suivra le mouvement assez facilement. Sinon, et lorsque l’engorgement devient douloureux ou gênant, des traitements peuvent être prescrits sur accord médical, comme le paracétamol qui aide à réduire la douleur.

Certaines astuces traditionnelles peuvent aussi aider la mère à mieux supporter le sevrage :

  • Appliquer des compresses chaudes sur les seins avant la tétée pour activer la circulation, puis des compresses froides après la tétée pour limiter la production de lait ;
  • Exprimer un peu de lait à la main pour soulager l’engorgement sans relancer la production ;
  • Masser les seins tendus pour limiter l’accumulation de lait dans les canaux lactifères ;

Appliquer des feuilles de chou(2) sur les seins pour réduire l’engorgement (malgré l’absence de preuve scientifique, cette méthode de grand-mère soulage certaines mères).

Communiquer avec son bébé

Dès son plus jeune âge, le nourrisson est capable de comprendre des mots ou des intonations (à 6 mois, les bébés reconnaissent certains mots(3) du quotidien utilisés par leurs parents). Le fait de communiquer avec lui, de lui exprimer les raisons du sevrage et les sentiments qui accompagnent cette période est souvent salvateur pour la mère, car cela lui permet de soulager sa propre tension émotionnelle tout en rassurant l’enfant. Dans le même temps, la mère prendra soin de multiplier les câlins et les échanges avec son bébé, dans le but de maintenir le lien établi par l’allaitement.

Le sevrage de l’allaitement peut être le bon moment pour introduire le langage signé associé à la parole, pour les parents qui s’y intéressent. Cette méthode consiste à associer des gestes inspirés de la langue des signes aux mots, pour que bébé puisse les comprendre et les répéter avant même de savoir parler. Il s’agit d’une forme de communication adaptée aux tout-petits, qui les aide à exprimer ou reconnaître leurs émotions très tôt dans leur vie, et peut même favoriser le développement du langage verbal(4).

Proposer d’autres sources de réconfort à bébé

Durant ses premiers mois, le bébé allaité considère le sein comme un objet transitionnel(5) – le fameux « doudou ». Le sevrage de l’allaitement lui retire cette solution d’apaisement et de réconfort, il est donc primordial de lui proposer d’autres techniques pour l’aider à trouver le bien-être.

La liste des méthodes alternatives est longue, chaque option présentant ses avantages et ses inconvénients. Il peut être utile de combiner plusieurs techniques, ou d’en changer si les résultats obtenus ne sont pas satisfaisants. 

Les moyens les plus populaires pour accompagner bébé pendant le sevrage sont :

  • Le doudou, qui peut être une peluche, un foulard de maman, un carré de tissu avec une odeur spécifique ou encore une couverture choisie par bébé ;
  • La tétine, surtout pour les bébés qui présentent un fort besoin de succion ;
  • L’anneau de dentition, idéal lorsque les dents percent et gênent bébé ;
  • Le portage, qui assure la proximité physique à l’enfant ;
  • Les massages et câlins, avec la maman ou avec le papa, en évitant le contact direct avec la poitrine pour ne pas stimuler la production de lait ;
  • Les chansons, notamment au moment du coucher.

Pour réussir le sevrage du sein, il faut aussi choisir le bon moment pour bébé en évitant les périodes de changement ou de stress.

Changer les rituels

La force des rituels et des habitudes peut mettre à mal une tentative de sevrage du sein. La solution consiste alors à établir de nouveaux rituels, sans la tétée, pour que bébé puisse continuer à se sentir apaisé, entendu et accompagné au quotidien.

Par exemple, si bébé a l’habitude de s’endormir en tétant dans la chambre, la mère peut commencer à donner la tétée du soir dans le salon, puis coucher ensuite l’enfant dans son lit en le berçant. Si la tétée du matin est un rituel avant le départ au travail, le père peut prendre le relai en imaginant un temps de jeu avec bébé sur le tapis. Tel fauteuil dédié à l’allaitement ne sera plus utilisé pour les câlins, mais pour lire une histoire. Avec un peu d’imagination et de patience, chaque habitude pourra être transformée de façon positive et bienveillante, afin que bébé et sa mère vivent la transition sans heurt.

Se faire aider et soutenir

Le sevrage du sein reste une étape difficile pour les mères qui ont aimé allaiter ou qui doivent interrompre ce processus de façon imprévue. De la même façon que le soutien d’un pair favorise l’initiation et la poursuite de l’allaitement(6), l’aide de l’autre parent ou d’un tiers garantit de meilleurs résultats. L’investissement du partenaire, plus particulièrement, est nécessaire afin de prendre le relais auprès du bébé lorsque la mère ne parvient pas à l’apaiser ou l’endormir sans tétée.

En cas de difficulté, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel pour se faire accompagner – conseillère en lactation, sage-femme, pédiatre, psychologue ou médecin traitant.

Le sevrage de l’allaitement est difficile pour bébé, que faire ?

Lorsque le sevrage du sein pose un problème et que bébé continue à réclamer des tétées, il existe plusieurs solutions pour aider l’enfant à mieux vivre cette transition.

Continuer à donner du lait maternel sans le sein

La mère ou le père peut proposer le lait maternel tiré dans un biberon afin d’encourager bébé à boire ainsi. Il est aussi possible d’utiliser d’autres accessoires comme les gobelets, les seringues et les tasses à bec si bébé refuse le biberon. En reconnaissant le goût du lait, bébé va probablement être plus enclin à boire que s’il doit goûter une préparation de lait maternisé -qui, en outre, possède un goût beaucoup moins intéressant que celui, variable, du lait maternel.

Si un nourrisson se désintéresse complètement du biberon, il peut être intéressant de faire couler une ou deux gouttes de lait sur la tétine pour qu’il reconnaisse l’odeur et comprenne qu’il s’agit d’un nouveau moyen de s’alimenter.

Présenter le biberon à l’horizontale

La meilleure position pour nourrir un bébé au biberon est de lui présenter le biberon presque à l’horizontale, le lait couvrant l’intérieur de la tétine. Après quelques gorgées, la personne qui nourrit bébé retire le biberon pour laisser l’enfant respirer, puis elle lui propose à nouveau. C’est le nourrisson qui décide s’il a encore faim ou pas, de la même manière que quand il tète au sein. Cette technique évite de gaver l’enfant ou de l’effrayer en lui faisant couler une grande quantité de lait d’un coup dans la bouche.

Optimiser les moments de tendresse

L’allaitement n’est pas qu’un mode d’alimentation. Il fournit aussi une dose conséquente de contact et de proximité à l’enfant. Les mères qui allaitent font preuve d’un niveau plus élevé d’attachement maternel(7), ce qui s’explique à la fois par l’attention réciproque qu’elles portent à l’enfant et par le jeu des hormones. Lors du sevrage, pour préserver ce lien qui s’est mis en place, la mère doit veiller à conserver suffisamment de moments de câlins et de partage avec le bébé, tels que :

caresser et câliner l’enfant pendant qu’il boit au biberon ou au gobelet ;

– le prendre sur les genoux lors des débuts de la diversification alimentaire ;

communiquer avec bébé par la parole, par des gestes, des comptines et des chansons ;

– utiliser une écharpe de portage pour la sieste ou le moment du biberon si bébé a encore du mal ;

– favoriser des moments de jeux avec une attention complète ;

– initier des massages avant ou après le bain pour préserver le contact physique.

Passer le relais à un tiers

Le nourrisson reconnaît l’odeur du lait maternel lorsqu’il est proche de sa mère, ce qui peut rendre le sevrage difficile. Le père ou une personne de l’entourage peut prendre le relais pour donner le biberon et soulager la mère dans cette période chargée en émotions. Alors que certains pères vivent l’allaitement comme une barrière(8) qui les freine dans l’établissement des liens avec leur bébé, le sevrage représente une opportunité de s’investir dans les soins de l’enfant et d’améliorer la relation père/fils ou fille.

Demander de l’aide à un ou une professionnel(le) de santé

Si rien ne fonctionne, que bébé refuse le sevrage et que la mère se sent désemparée par la situation, le recours à une personne compétente en la matière peut vraiment aider à rétablir un équilibre au sein de la dyade mère-enfant. Parmi les professionnels de santé les plus à même de conseiller la mère sur le sevrage, il y a bien sûr la sage-femme, la puéricultrice, le pédiatre, mais aussi les conseillères en lactation et les médecins de famille.

Les bébés sont capables de sentir le lait maternel lorsque la mère est à proximité. La présence d’un tiers est donc souvent essentielle lors du sevrage.

Tableau de sevrage progressif de l’allaitement

Attention : les données ci-dessous ne sont qu’indicatives. Certaines mères voient leur production de lait baisser très vite dès l’introduction d’un biberon, tandis que d’autres allaitent pendant plusieurs mois de façon mixte avant de sevrer complètement bébé.  De même, les biberons peuvent être introduits plus ou moins rapidement et en plus ou moins grande quantité en fonction de la faim de l’enfant. Il faut simplement garder en tête les recommandations liées aux doses de lait infantile(9) par âge, indiquées sur les boîtes de lait maternisé.
Nombre de tétées initiales par jour Semaine 1 Semaine 2 Semaine 3 Semaine 4 Semaine 5 Semaine 6 Semaine 7 Semaine 8
8 7 +1 biberon 6 +1 biberon 5 +2 biberons 4 +2 biberons 3 +3 biberons 2 +3 biberons 1 +4 biberons 0 +4/6 biberons
7 6 +1 biberon 5 +1 biberon 4 +2 biberons 3 +2 biberons 2 +3 biberons 1 +3 biberons 0 +4/6 biberons
6 5 +1 biberon 4 +2 biberons 3 +2 biberons 2 +3 biberons 1 +3 biberons 0 +4/5 biberons
5 4 +1 biberon 3 +2 biberons 2 +3 biberons 1 +3 biberons 0 +4/5 biberons
4 3 +1 biberon 2 +2 biberons 1 +3 biberons 0 +3/4 biberons

FAQ : les questions récurrentes au sujet de l'arrêt de l'allaitement

Retrouvez ici toutes les questions fréquentes que se posent les mamans au sujet de l’arrêt de l’allaitement.

Dans le cadre d’un sevrage progressif, votre lactation va diminuer d’elle-même sous l’action d’une protéine, la Feedback Inhibitor of Lactation ou FIL, qui inhibe la production de lait dans les seins. Si le sevrage est rapide, l’arrêt de la lactation peut être accompagné en utilisant un tire-lait manuel ou un recueil-lait pour soulager les seins engorgés sans stimuler la production de lait maternel.

Certains enfants se désintéressent rapidement du sein lorsqu’ils sont diversifiés, d’autres ont besoin de tétées « câlin » pendant plus longtemps. Il n’y a pas de règle précise, mais les enfants arrêtent généralement de téter d’eux-mêmes entre 2 et 4 ans(10).

(1)It’s alive: microbes and cells in human milk and their potential benefits to mother and infant : Lars BodeMark McGuireJuan M RodriguezDonna T Geddes…, 2014.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25469400/

(2)ABM Clinical Protocol #20: Engorgement, Revised 2016 : Pamela Berens and Wendy Brodribb, 2016. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4860650/

(3)At 6–9 months, human infants know the meanings of many common nouns : Elika Bergelson and Daniel Swingley, 2012. https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.1113380109

(4)Impact of Symbolic Gesturing on Early Language Development : Susan W. Goodwyn, Linda P. Acredolo & Catherine A. Brown, 2000. https://link.springer.com/article/10.1023/A:1006653828895

(5)Transitional objects and transitional phenomena; a study of the first not-me possession : Winnicott, D. W, 1953.
https://psycnet.apa.org/record/1954-02354-001

(6)The impact of breastfeeding peer support for mothers aged under 25: a time series analysis : Sarah ScottCatherine PritchardLisa Szatkowski, 2017. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26809908/

(7)Attachement, allaitement, sevrage : y aurait-il une fonction attachement à l’allaitement ? Alexandra Deprez, 2014.
https://www.cairn.info/revue-spirale-2014-4-page-79.htm#:~:text=

(8)Représentations et expériences des pères à propos de
l’allaitement maternel :
Camille Orgiazzi, 2017.
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01589613/document

(9)La petite enfance (de la naissance à 3 ans) : sante.gouv.
https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/nais_3ans.pdf

(10)Le sevrage de l’allaitement : Société canadienne de pédiatrie, 2004.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2720509/#:~:text=